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DIMANCHE 11 AOUT 1940

 
Quelle mauvaise journée encore aujourd’hui ! D’abord je suis très triste, je ne suis pas sortie de la journée. J’ai guetté Marcel toute aujourd’hui à la fenêtre. Hélas, personne ! Le matin, je causais de mon tourment à M. Thévenin. Celui-ci s’est proposé pour faire passer une lettre à Marcel. Il y a souvent des camarades ou des infirmières de la Croix-Rouge qui vont d’une zone à l’autre. Je m’en allais à la messe lorsque M. Thévenin m’a fait cette proposition. Comme il partait, je suis remontée faire ma lettre et y ai joint le laisser passer. Je lui ai donné cette lettre, suprême espoir. De cette façon, elle arrivera peut être dans quelques jours !?

Nous avons attendu Papa jusqu’à une heure pour déjeuner.

En rentrant, naturellement, il a trouvé le rôti trop cuit. Quel caractère ! La vie est intenable maintenant. C’est lui qui nous ennuie et encore c’est nous qui attrapons les disputes. Il arrive en retard du café et met cela sur le compte de Dieu et de la messe. Il nous reproche tout. Ses idées n’ont pas changé ! Pour mon compte, j’en souffre. Il attend vite deux heures que nous nous en allions. Aujourd’hui, moi, je ne sortirai pas. Ce soir, nous le réveillons pour diner, il arrive à table et nouvelle dispute. Il nous menace de s’en aller. Si seulement il pouvait le faire ! Puisqu’il se dit si malheureux séparés au moins, chacun serait content !

Je ne peux manger au milieu de toutes ces sottises. Je suis malade, les nerfs me font trembler. Je souhaite vivement le jour de mon mariage, Marcel me délivrera de cet enfer et nous, nous serons heureux. S’il me fallait avoir une vie semblable plus tard, j’aimerais mieux me tuer !

Papa nous traite d’égoïstes, il dit que nous ne pensons qu’à nous. Pourtant, si cette dispute est arrivée, çà n’est pas de notre faute. Les évènements nous font manquer de ravitaillement et de pus, il faut savoir compter ! Papa, lui, ne veut être privé de rien. Si nous étions millionnaires, nous serions heureux à la maison, car il aurait tout son superflu. Ainsi, il serait heureux et il n’y aurait pas de scènes.

Vite, vite que Marcel arrive, je perds courage. Lorsqu’il est là, je peux tout supporter, mais séparés ainsi depuis dix semaines, le courage m’abandonne. Voici exactement un mois par la date que nous sommes fiancés officiellement. Nos fiançailles à nous, nos fiançailles heureuses auront dix neufs mois jeudi. J’espère que nous serons réunis pour les fêter et que la fête de notre bonne Vierge nous apportera la joie.

Le temps est si long maintenant ! Cet après midi, j’ai vu deux fois ma petite voisine dans la rue, heureuse au bras de son fiancé. J’en aurais presque pleuré d’envie ! Comme je voudrais pouvoir moi aussi aller me promener au bras de Marcel ! Il me semble que mon cœur ne sera pas assez fort pour supporter un tel bonheur ! Chaque coup de sonnette fait tellement battre mon cœur maintenant ! Cette nuit, j’ai rêvé que Marcel était revenu, il était très très fatigué, aussi, il était couché dans mon lit et j’étais auprès de lui à le veiller. Par moments, je l’embrassais tendrement. A d’autres, c’était lui qui ouvrait les yeux et me tenait sur son cœur, baisait mes cheveux, mes lèvres. Nous étions si heureux ainsi ! J’aurais voulu ne plus me réveiller et vivre ainsi dans un beau songe. J’espère pouvoir le vivre bientôt maintenant. D’abord, vite son retour. Je m’ennuie tellement !!!

suite…

 
 

 
 

 
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  Mis à jour le lundi 4 mai 2009