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Samedi 10 août 1940

 
Quel embarras que de faire le marché actuellement ! Ce matin, je suis partie avec Maman et Lulu faire la queue. A huit heures trente, nous arrivons : queue pendant une heure. Enfin, nous avons six œufs. Je m’en vais de mon côté et fais la queue une demie heure. pour un morceau de savon dur et infecte. Puis je repars pour le beurre et le fromage et fais la queue deux heures et demie.

J’arrive à la maison et il est midi dix. Depuis huit heures et demie ! Nous sommes arrivées presque toutes les trois en même temps. Maman, œufs, beurre, fromage, fruits, Lulu viande et légumes. Les personnes qui travaillent toute la semaine sont bien à plaindre. Je me demande comment elles arrivent à manger ?

Dans la queue pour le beurre, une dame causait avec moi et me croyait mariée. Elle me plaignait puisque je travaillais la semaine et s’inquiétait pour mon mari qui arriverait pour le déjeuner et le ménage pas fait. Si seulement elle avait pu dire vrai !! Si en rentrant, j’avais trouvé mon petit Marcel et qu’il m’ait accueilli avec un baiser … quel bonheur ! ! Il y a si longtemps que je suis privée de ses caresses !

Il n’est pas encore arrivé aujourd’hui, aussi, je n’ai pas d’espoir. La fille de Mme Larcher est arrivée. Elle l’a fait au toupet pour être rapatriée. J’ai eu beaucoup de travail aujourd’hui car j’avais du remmaillage pour mes collègues. Ma tirelire va être trop chargée.

Ce soir, nous sommes allés sur les Forts. Je n’avais pas du tout envie de sortir mais j’ai fait un effort pour faire plaisir à Maman. Je les suis. Je suis toute dans mes pensées …

L’autre nuit, j’ai rêvé que Marcel était revenu et que les mauvaises paroles de mes compagnes s’accomplissaient. Maman me téléphonait, je sortais du magasin et courait me jeter au cou de Marcel. Il répondait assez froidement à mon bonheur. Puis Lucien trouvait cela très bizarre et en parlait à Maman. Celle-ci m’annonçait alors que Marcel revenait pour me reprendre ma bague. Il était fiancé ailleurs ; Maman était très en colère ainsi que Lucien et attendait grand-mère pour explications. Quant à moi, je ne pouvais que pleurer.

Cette nuit, j’ai rêvé que j’avais cassé le brillant de ma bague et que cela était signe de rupture de fiançailles ; que de pleurs ! J’étais toute étourdie à mon réveil et bien contente de retrouver ma bague en parfait état. Je ne peux dormir tranquille maintenant. Vite que mon petit Marcel revienne pour effacer tous ces mauvais rêves !

suite…
 
 

 
 

 
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  Mis à jour le lundi 4 mai 2009